1.Un songe et une jalousie
Le récit commence par un songe : « Père, j'ai vu onze étoiles, le soleil et la lune ; je les ai vus se prosterner devant moi » (12:4). Son père Ya'qub le met en garde : ne le raconte pas à tes frères, car ils pourraient ourdir une ruse contre toi. Il lui annonce que son Seigneur le choisira, lui apprendra l'interprétation des récits et accomplira Son bienfait sur lui (12:5-6).
Les frères de Yusuf sont jaloux. Ils disent : « Yusuf et son frère sont plus aimés de notre père que nous, alors que nous sommes un groupe » (12:8). Ils se disent : tuons-le ou jetons-le dans un pays lointain, et le visage de notre père sera tout à nous (12:9). L'un d'eux propose : ne le tuez pas, jetez-le au fond d'un puits, une caravane le recueillera (12:10). Ils demandent alors à leur père de l'emmener pour jouer. Ya'qub craint que le loup ne le dévore. Ils le jettent au fond du puits, et Allah révèle à Yusuf : « Tu leur annonceras un jour cet acte, alors qu'ils ne se doutent de rien » (12:15). Ils rentrent le soir en pleurant, avec une fausse tunique tachée de sang. Leur père répond : « Vos âmes ont embelli quelque chose à vos yeux. Belle patience ! » (12:18).
2.Vendu en Égypte
Une caravane passe, envoie son porteur d'eau, et il remonte Yusuf en s'écriant : « Bonne nouvelle, voici un garçon ! » Ils le cachent comme marchandise et le vendent à vil prix, pour quelques dirhams, n'y attachant aucune valeur (12:19-20). Celui qui l'achète, un notable d'Égypte, dit à sa femme : « Traite-le avec honneur. Peut-être nous sera-t-il utile, ou le prendrons-nous pour fils » (12:21). Allah affermit ainsi Yusuf sur terre et lui apprend l'interprétation des récits. Devenu adulte, il reçoit sagesse et science (12:21-22).
3.L'épreuve de la tentation
Celle dans la maison de laquelle il se trouve cherche à le séduire. Elle ferme les portes et dit : « Viens ! » Yusuf répond : « Qu'Allah m'en garde ! Mon maître m'a bien traité. Les injustes ne réussissent pas » (12:23). Il court vers la porte, elle le saisit par derrière et déchire sa tunique ; à la porte, ils rencontrent le maître (12:25). Elle l'accuse. Yusuf répond : « C'est elle qui a cherché à me séduire. » Un témoin de sa famille propose un critère : si la tunique est déchirée devant, elle dit vrai ; si elle est déchirée par derrière, c'est lui qui est véridique (12:26-27). La tunique est déchirée par derrière. Le maître conclut à la ruse féminine et demande à Yusuf de passer là-dessus (12:28-29).
Plus tard, les femmes de la ville murmurent. L'épouse les invite à un banquet, leur donne des couteaux et fait paraître Yusuf. Éblouies, elles se coupent les mains en disant : « Allah nous en garde ! Ce n'est pas un humain, ce n'est qu'un noble ange » (12:30-31). Elle reconnaît l'avoir sollicité, et menace de le jeter en prison s'il ne cède pas. Yusuf prie : « Mon Seigneur, la prison m'est plus chère que ce à quoi elles m'invitent. Si Tu ne détournes pas leur ruse, je pencherai vers elles et je serai parmi les ignorants » (12:33). Allah exauce sa prière.
Le hadith des sept à l'ombre. Le Prophète ﷺ a dit (al-Bukhari et Muslim) qu'Allah abritera de Son ombre, le jour où il n'y aura d'autre ombre que la Sienne, sept catégories de personnes, dont « un homme que sollicite une femme de haut rang et de beauté, et qui dit : Je crains Allah ». Beaucoup y voient le portrait de Yusuf.
4.La prison
Malgré les preuves de son innocence, ils décident de l'emprisonner pour un temps (12:35). Deux jeunes hommes entrent avec lui. L'un voit en songe qu'il presse du vin, l'autre qu'il porte du pain sur la tête et que les oiseaux en mangent. Ils lui demandent de l'interpréter, en le jugeant homme de bien (12:36). Avant d'interpréter, Yusuf leur parle de l'essentiel : « J'ai délaissé la religion de gens qui ne croient pas en Allah... J'ai suivi la religion de mes pères, Ibrahim, Ishaq et Ya'qub... Ô mes deux compagnons de prison, des seigneurs divers valent-ils mieux qu'Allah, l'Unique, le Dominateur ? » (12:37-40). Il interprète ensuite : l'un servira le vin à son maître, l'autre sera crucifié. Au premier, il dit : « Parle de moi auprès de ton maître. » Mais Satan le lui fait oublier, et Yusuf reste en prison plusieurs années (12:41-42).
5.Le rêve du roi
Un jour, le roi voit sept vaches grasses dévorées par sept vaches maigres, sept épis verts et sept autres secs (12:43). Personne ne peut l'interpréter. Le serviteur libéré se souvient, et va voir Yusuf : « Ô Yusuf, ô véridique, donne-nous l'interprétation... » (12:46). Yusuf répond : « Vous sèmerez sept ans de suite. Ce que vous récolterez, laissez-le dans ses épis, sauf un peu pour manger. Viendront ensuite sept années dures qui consommeront ce que vous aurez mis de côté, sauf un peu que vous conserverez. Puis viendra une année où les gens seront secourus par la pluie et presseront le raisin » (12:47-49).
Le roi le fait chercher. Mais Yusuf refuse de sortir avant que son innocence soit établie : « Retourne vers ton maître et demande-lui ce qu'il en est des femmes qui se sont coupé les mains » (12:50). Les femmes reconnaissent qu'elles n'ont rien à lui reprocher, et l'épouse avoue : « Maintenant la vérité éclate : c'est moi qui ai cherché à le séduire, et il est parmi les véridiques » (12:51). Yusuf dit alors : « Je ne prétends pas innocenter mon âme : l'âme incite au mal, sauf celle à qui mon Seigneur fait miséricorde » (12:53). Même au sommet de sa réhabilitation, il est humble.
Le Prophète ﷺ a dit, dans un hadith d'al-Bukhari et Muslim : « Si j'étais resté en prison aussi longtemps que Yusuf, j'aurais répondu à l'appelant. » Il admirait sa patience et sa dignité.
6.Gardien des trésors
Le roi dit : « Amenez-le-moi, je le prendrai pour moi. » Après lui avoir parlé, il lui dit : « Aujourd'hui, tu es auprès de nous un homme établi et digne de confiance » (12:54). Yusuf demande : « Place-moi à la tête des greniers du pays, je suis un gardien savant » (12:55). C'est ainsi qu'Allah l'établit sur terre (12:56). Ce récit donne une leçon de gestion : on peut demander une responsabilité quand on sait qu'on est compétent et honnête, et qu'on la remplira pour le bien de tous.
7.Les frères reviennent
Les années de disette arrivent, et les frères de Yusuf viennent chercher du blé en Égypte. Il les reconnaît, ils ne le reconnaissent pas (12:58). Il leur demande de lui amener leur frère, Binyamin, et leur rend leur argent dans leurs bagages (12:59-62). Après avoir hésité, Ya'qub accepte de l'envoyer avec eux, sous serment, et leur recommande d'entrer par des portes différentes (12:64-67). Yusuf révèle discrètement à son frère : « Je suis ton frère. Ne sois pas affligé » (12:69).
Il fait placer la coupe du roi dans le bagage de son frère. Les gardes crient : « Ô caravane, vous êtes des voleurs ! » Selon le jugement qu'ils avaient eux-mêmes fixé, celui chez qui on la trouve est retenu (12:70-76). C'était une ruse qu'Allah avait inspirée à Yusuf (12:76). Les frères reviennent auprès de leur père, qui dit : « Belle patience ! Peut-être Allah me les ramènera-t-Il tous » (12:83).
8.Le pardon
Les frères reviennent une troisième fois, humbles : « Ô noble seigneur, la misère nous a touchés, nous et notre famille. Nous apportons une marchandise de peu de valeur : donne-nous la pleine mesure et fais-nous la charité » (12:88). Yusuf leur dit : « Savez-vous ce que vous avez fait de Yusuf et de son frère, quand vous étiez ignorants ? » Ils s'écrient : « Serais-tu vraiment Yusuf ? » Il répond : « Je suis Yusuf, et voici mon frère. Allah nous a comblés de Ses bienfaits. Celui qui craint Allah et patiente... Allah ne laisse pas perdre la récompense des bienfaisants » (12:89-90). Ils avouent : « Par Allah, Allah t'a préféré à nous, et nous étions fautifs » (12:91).
La réponse de Yusuf est l'un des sommets du Coran : « Pas de reproche contre vous aujourd'hui. Qu'Allah vous pardonne, Il est le plus miséricordieux des miséricordieux » (12:92). Puis il leur remet sa tunique pour la poser sur le visage de leur père, qui retrouvera la vue (12:93).
9.Le songe se réalise
Toute la famille arrive en Égypte. Yusuf place ses parents sur le trône, et tous se prosternent devant lui, en signe de salut. Il dit : « Père, voici l'interprétation de mon songe d'autrefois. Mon Seigneur l'a rendu réel. Il m'a comblé quand Il m'a fait sortir de la prison, et quand Il vous a amenés du désert, après que Satan eut semé la discorde entre moi et mes frères » (12:100). Yusuf ne dit pas « le puits » : il ne remue pas la douleur, par délicatesse envers ses frères.
Le Prophète ﷺ a décrit Yusuf dans un hadith d'al-Bukhari : « Le noble, fils du noble, fils du noble, fils du noble : Yusuf, fils de Ya'qub, fils d'Ishaq, fils d'Ibrahim. »
Les moments clés
- Le songeOnze étoiles, le soleil et la lune se prosternent devant lui.
- Le puitsSes frères le jettent au fond d'un puits.
- La venteUne caravane le vend en Égypte pour quelques pièces.
- La tentationIl refuse la séduction et est accusé injustement.
- La prisonIl y reste plusieurs années, et y prêche l'unicité d'Allah.
- Le rêve du roiIl l'interprète : sept années d'abondance, sept années de disette.
- Gardien des greniersIl gouverne les réserves de l'Égypte.
- Le pardonIl retrouve ses frères et leur pardonne : « Pas de reproche aujourd'hui ».
- Les retrouvaillesSes parents le rejoignent ; le songe d'enfant se réalise.
Ce que ce récit nous enseigne
L'invocation de Yusuf
فَاطِرَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ أَنتَ وَلِيِّي فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ۖ تَوَفَّنِي مُسْلِمًا وَأَلْحِقْنِي بِالصَّالِحِينَ
« Créateur des cieux et de la terre, Tu es mon protecteur ici-bas et dans l'au-delà. Fais-moi mourir en soumis à Toi et fais-moi rejoindre les justes. » (sens approximatif)
Sourate Yusuf, verset 101
Où le Coran en parle
- Sourate Yusuf (12) · en entierLa sourate Yusuf, en entier : 111 versets du puits au pardon.
- Sourate Yusuf (12:4-18) · versets 4 à 18Le songe, la jalousie, le puits et la fausse tunique.
- Sourate Yusuf (12:23-34) · versets 23 à 34La tentation et le banquet des femmes.
- Sourate Yusuf (12:36-42) · versets 36 à 42La prison et les deux compagnons.
- Sourate Yusuf (12:43-57) · versets 43 à 57Le songe du roi et l'intendance.
- Sourate Yusuf (12:58-83) · versets 58 à 83Les frères, la coupe et la patience de Ya'qub.
- Sourate Yusuf (12:88-101) · versets 88 à 101La révélation, le pardon et l'accomplissement du songe.
Ces liens ouvrent le texte du Coran sur quran.com. Lisez le texte lui-même : ce résumé n'en est pas la traduction.
Questions fréquentes
Comment s'appelait l'épouse de l'Aziz ?
Le Coran dit « la femme de l'Aziz » (12:30). Le nom de Zulaykha vient de la tradition, pas du Coran.
Pourquoi les parents de Yusuf se sont-ils prosternés devant lui ?
Cette prosternation était un salut de respect, permis dans la loi de ce temps. Dans l'islam, la prosternation n'est due qu'à Allah.
Qu'est-ce que le verset 12:24 veut dire ?
Le verset dit qu'elle a eu envie de lui et qu'il aurait eu envie d'elle s'il n'avait vu la preuve de son Seigneur. Les savants expliquent que Yusuf a ressenti l'inclination naturelle d'un homme mais qu'Allah l'a protégé et qu'il n'a pas commis la faute.
Combien de temps Yusuf est-il resté en prison ?
Le Coran dit « plusieurs années » (bid' sinin, 12:42), sans précision. Les récits qui donnent un nombre exact ne sont pas établis.
Testez vos connaissances
Que voit Yusuf dans son songe d'enfant ?
Onze étoiles, le soleil et la lune se prosternant devant lui (12:4).
Quelle preuve a révélé l'innocence de Yusuf ?
La tunique était déchirée par derrière (12:26-28).
Que dit Yusuf à ses frères quand il leur pardonne ?
« Pas de reproche contre vous aujourd'hui. Qu'Allah vous pardonne » (12:92).